J’ai mis trop de choses dans mon billet.

Ce billet me sert à clarifier un billet écrit pour les Cahiers Libres : Lâcher prise sur les coutumes chrétiennes : un pas vers la conversion.

Je vais essayer de répondre ici à une partie des choses qui ont été soulevées sur Twitter, car ce billet a suscité beaucoup de débats. .

Le débat, c’est ce que je cherche quand j’écris. J’aime être un peu polémique/troll, parce que, comme le dit un ami « c’est en cognant deux thèses l’une contre l’autre que l’on peut juger de leur solidité ». Mais forcément, quand on secoue, les gens réagissent. Tant mieux.

Mais j’ai bien vu que je n’avais pas réussi à me faire comprendre. Mea Culpa.

Une coutume n’est pas nécessaire, les coutumes sont nécessaires

Cette phrase est vraie et non contradictoire. Une coutume particulière n’est pas nécessaire. Les coutumes, en tant que catégorie permettant l’incarnation de la foi, sont nécessaire.

Je ne nie pas l’importance des rites et des coutumes. Je suis intimement convaincu que leur nécessité. Je suis intimement convaincu que la foi doit s’incarner dans des rites. La foi a besoin de s’incarner. Mais un rite peut être remplacé par un autre rite, ils peuvent être interchangeables. Et c’est en ça qu’un rite en particulier n’est pas nécessaire.

Une coutume étant interchangeable, je m’interrogea donc sur l’opportunité de dépenser beaucoup d’énergie dans la défenses de coutumes. Prenons l’exemple des crèches. Dans l’actualité récente, les crèches ont fait beaucoup de bruit parce qu’on a voulu les déplacer d’un endroit public. Je ne suis pas au courant du droit en la matière, mais admettons qu’on puisse l’enlever, est-ce si grave ?

L’arroseur arrosé

Comme m’a fait habilement remarqué un des lecteurs de mon billet, je suis tombé dans le même travers que celui que j’expose. J’ai répondu à une question compliquée par une question plus simple. Au lieu de répondre à la question complexe « Est-ce si grave que les coutumes chrétiennes soient attaquées dans l’espace public ? », j’ai répondu à la question « La foi peut elle se passer d’une coutume en particulier ? ». Donc forcément, mon argumentation en a été limitée. Cela m’apprendra un peu l’humilité.

J’ai mis trop de choses dans mon billet

L’un des problèmes de mon billet, comme le fait remarquer un commentaire, c’est que j’y ai mis trop de choses :

  • Remise en cause d’une certaine forme de pharisaïsme qui s’attache plus aux rites et aux pratiques qu’au contenu de la foi.
  • Remise en cause du lien entre [la remise en cause des expressions des coutumes chrétiennes dans l’espace public] et [l’attaque de la foi en tant que foi]
  • Remise en cause de la gravité de la remise en cause d’une coutume par autrui

Une certaine forme de pharisaïsme

Je ne sonde pas les reins et les cœurs, promis. Mais les pharisiens ont existé, donc il est possible que ce comportement existe encore aujourd’hui. Nos coutumes ont un sens, comme celles des pharisiens. Pourtant, les pharisiens ne sont pas tout à fait juste dans leur rapport à la foi. Une piétée ostentatoire est une tentation qui nous guette tous. Mais le pharisaïsme c’est aussi croire que si on coche les cases, on est bon niveau religion. Il me semble que ce n’est pas le cas. 

Il ne faut pas que la pratique de la religion devienne la surveillance d’un empilement de coutumes. Les coutumes sont un marchepied pour contempler de plus près le visage du Christ. Mettre un marchepied, ça aide. Un autre, ça rapproche encore, mais c’est moins stable. Et plus on empile, plus on se sent proche… mais moins on regarde le Christ, parce qu’on surveille l’empilement et son équilibre.

La foi en tant que foi

Nous ne sommes pas seuls. Il y a des gens qui pensent différemment de nous. Et à ce titre on doit interagir avec eux, même quand ils ne sont pas d’accord avec nous. Et parfois, des choses qui sont habituelles pour nous, n’ont pas lieu d’être pour eux. Et ce n’est pas forcément une remise en cause directe de notre foi en tant que foi. C’est juste qu’ils considèrent qu’il faut faire différemment, quelles qu’en soient les raisons.

Or, et c’est ce que j’ai essayé d’expliquer avec le thème de la substitution de questions. Une personne qui n’accorde pas la même importance que nous à nos coutumes n’est pas forcément viscéralement contre la foi chrétienne. On pense qu’on s’attaque directement à la foi chrétienne parce qu’on pense que les coutumes qu’on connait sont l’expression valable du christianisme. Et ensuite on assimile la foi à l’expression de la foi. Et donc la remise en cause d’une coutume interchangeable, avec date de péremption, devient la remise en cause de la foi.

La Crispation n’est pas un beau témoignage

La crispation n’est pas la bonne manière de réagir. Parce que la personne en face ne va pas arrêter de remettre en cause la coutume si on se crispe. L’affrontement va devenir violent, et alors ce que la coutume est censée faire devient impossible. La coutume est censée porter du sens et soutenir la foi. Mais est-on capable de voir le sens d’une coutume qu’on associe à un affrontement violent ? Je ne pense pas.

Ce que je dis s’applique dans l’espace public. Dans l’espace privé, vous pouvez encore faire des crèches, et c’est génial.

La crispation, ça fatigue

Quand on passe son temps à courir les médias et les manifestations, ça prend de l’énergie. Si on considère que cette énergie est bien dépensée, au service de la propagation de la foi, continuons. Mais si la foi peut être mieux servie par une autre coutume, alors lâchons prise. Notre énergie est limitée, on ne peut pas tout faire. Il faut donc se poser les bonnes questions.

La fin, les moyens et le changement

La fin est la propagation de la foi. Les coutumes sont un moyen. Quand la défense du moyen rend la fin impossible (ou bien plus dure), on change de moyen. Et ce n’est pas grave de changer de moyen. On en a d’autres. On attribue les crèches à saint François d’Assises. Donc pendant plus de mille ans, les chrétiens ont transmis la foi dans l’espace public autrement. On peut le faire aussi.

Le choc de la remise en cause est une occasion de conversion

Quand nos coutumes sont attaquées, on réagit. Il faut saisir cette occasion pour se poser des questions : Cette coutume, à quoi sert elle, quelle est son sens ? Existe-t-il une meilleure manière de s’approcher du Christ ? Cette coutume fait elle plus de bien que de mal ? Etc..

Une fois qu’on a répondu aux questions, on agit. Et au bout d’un temps on recommence. Sinon on n’est pas dynamique dans son approche de la foi, si on ne considère pas que la pratique de la foi doit être renouvelée, alors il y a un problème. On risque de devenir une branche morte, qui n’attend qu’un coup de vent pour tomber.

Ayant dit tout cela, je me répète :

Ne restons pas attachés à nos traditions par embourgeoisement, mais mettons toute notre énergie à suivre le Christ. Et si par hasard une tradition surgit, regardons la avec bienveillance, mais ne lui donnons pas plus d’importance qu’elle n’en mérite.

Fol Bavard

J’ai mis trop de choses dans mon billet.

Une réflexion sur “J’ai mis trop de choses dans mon billet.

  1. Laurent dit :

    Bonjour Fol.
    Sur le fond, je suis tenté d’être d’accord avec vous: la fin (la transmission de la Foi) est toujours plus importante que le moyen (telle ou telle coutûme particulière).
    Cependant, comment ne pas voir que nous subissons actuellement une attaque en règle contre toute forme d’expression publique de la Foi chrétienne et ce qui reste de la culture chrétienne. J’entendais ce matin dans sa chronique sur Radio Notre-Dame Antoine Assaf qui déclarait même qu’il s’agissait d’une guerre culturelle (ou spirituelle), dont le champ de bataille est nos esprits, qu’il comparait avec celle que livre aujourd’hui l’islamisme contre nos frères d’Orient.
    L’exemple de la RATP est un bon exemple: en France, la mention du simple mot « chrétien » dans la sphère publique est désormais suspecte et doit être censurée. Un mien collègue craignait même que demain les processions, les portes-à-portes d’évangélisation soient interdits car « contraires à la laïcité ». On a vu il n’y a pas longtemps que même les mouvements scouts risquaient de perdre le droit d’être confessionnels. La laïcité passe lentement mais sûrement de la neutralité de l’Etat à l’éradication de toute référence religieuse dans la vie sociale.
    Je crains fort que d’ici quelques années des jeunes arrivent à l’âge adulte sans avoir jamais rencontré aucune trace de l’héritage chrétien qui irrigue pourtant encore la société. Faudra-t’il retourner sagement dans les catacombes pour complaire à une minorité d’exaltés laïcistes qui ne représentent qu’eux? Je ne pense pas.
    Après soyons intelligents pour trouver de nouveaux moyens d’évangélisation adaptés à la société d’aujourd’hui mais l’exemple de la RATP montre que tous les combats ne sont pas perdus et que nous pouvons même trouver des alliés là où ne les attend pas.
    Fraternellement

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