Bref éloge du message immatériel

Chère Marietropique,

C’est non sans amusement que j’ai lu votre éloge de la lettre, écrit sur un blog bien plus virtuel que le papier que vous semblez préférer. Il est vrai que si votre apologie était venue par le courrier, ce n’est pas aujourd’hui que je l’aurais eue, mais bien plus tard si la poste l’avait voulu.

Car pour envoyer un message, pas besoin de papier, pas besoin de plume, par besoin de timbre, pas besoin de cire pour que votre correspondance ait un certain cachet. Les mots sont là, immédiatement, et le message est voulu pour lui même. On le relit, on le perfectionne, on veut qu’il soit parfait. Chaque mot est pesé, on peut prendre le temps de reformuler, de corriger, d’éditer. Que celui qui n’a jamais utilisé d’effaceur me jette la première pierre. Ceci étant dit, vous me vantez la lenteur méditative de la lettre, et cela manque cruellement de spontanéité. La lettre ne permet que de prendre son temps. Ce que je défend le permet aussi, mais on peut s’accorder un peu de fantaisie. Où est la spontanéité dans une lettre longtemps méditée ?

Peut-être que les supports des messages d’aujourd’hui manquent de poésie, mais ils permettent de saisir l’instant. Marchant dans la rue, un détail vous fait penser à cet ami à qui vous n’avez pas parlé depuis longtemps. L’idée est belle, mais fragile. S’il vous faut prendre la plume pour avoir de ses nouvelles, arrivée chez vous, vous risquez d’oublier. Alors qu’un petit message permettra d’animer la relation jusqu’ici dormante. Il est court certes, mais ne dit-on pas que c’est l’intention qui compte ? Une petite attention, une idée fugace, un bref instant peuvent être saisis par la longue liste des supports que la lettre vous fait mépriser. C’est peut-être ce qui vous pousse à les utiliser malgré leur esthétique limitée ?

« Le mail, le SMS, les messageries instantanées des réseaux sociaux et autres merveilles enserrées dans un écran à cristaux liquides » ne sont pas inférieurs à une enveloppe et son papier. La lettre n’est qu’un support, et les cristaux liquides en sont un autre. L’instantanéité de la transmission est une autre façon d’aborder la communication. Une petite attention peut être aussi délicieuse qu’une longue déclaration. Et le texte ne vient pas seul. Une photographie, une musique et même une vidéo, viennent escorter le texte pour l’enrichir et le sublimer. L’imagination peut se passer de film, mais certaines émotions ne peuvent être rendues avec de simples mots glissés dans une enveloppe.

Appuyer sur « envoyer », c’est aussi irréversible que de lancer la l’enveloppe dans sa boîte. Qui n’a jamais ressenti une appréhension en validant ou publiant un message important ? Et de l’autre côté, recevoir un message dans son support immatériel peut provoquer des émotions biens réelles. Le petit bruit qui notifie un message, la petite icône qui apparaît à l’écran, peuvent provoquer autant d’émotion qu’une lettre de papier, si le message vient d’une personne qu’on sait apprécier.

Loin d’opposer enveloppe et mail, SMS et lettre, je préfère les utiliser côte à côte. Ils ont chacun leurs charmes et leurs utilités. Si l’instantanéité est si critiquable, n’attribuez pas au support les errements de l’auteur. Car c’est avant tout celui qui écrit qui est responsable que ce que le destinataire lit. Nous arrivons à la fin de mon message immatériel, peut-être que la prochaine fois ce sera une lettre ?

Amicalement,

Fol « Geek » Bavard

Ecrit en réponse au Bref éloge de la lettre de Marietropique.

Bref éloge du message immatériel

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