[Lecture] Catholiques sans étiquette

téléchargement

Un ami séminariste, étudiant en Belgique, est envoyé auprès d’une paroisse autochtone le temps de ses études là bas. Arrivé dans la paroisse, on lui demande bien vite s’il est de la communauté de l’Emmanuel. Vous comprenez, les paroissiens voulaient savoir si ce séminariste appartenait à cette communauté de tradis. L’ami s’est bien gardé d’expliquer qu’en France, l’Emmanuel n’est pas spécialement vue comme une communauté traditionnelle.

Vue d’ici, cette anecdote a de quoi faire sourire. Elle montre à quel point les étiquettes sont légion, et disent plus sur les gens qui les utilisent que sur ceux à qui on les applique.

Avant d’arriver sur Twitter, je n’avais que rarement croisé des catholiques qui ne pensaient pas comme moi. Il y avait donc les catholiques, et les catholiques “quelque chose” (“de gauche”, “intégristes”, “soixante-huitards”…). Le “quelque chose” marquant la différence entre ceux qui faisaient les choses comme il faut, et les autres. Une jolie étiquette qui était là pour dire qu’on partageait une même foi, mais pas trop. Il est plus facile de se désolidariser si on peut mettre en avant que “ce ne sont pas des gens comme nous”.

Grâce à Twitter, j’ai découvert des gens avec qui j’ai plus d’un désaccord, mais dont la foi est un beau témoignage. Ce fut une petite claque. Les étiquettes sont parfois une question de génération (il n’est pas rare, depuis le Motu proprio de 2007, de voir des jeunes aussi attachés à la forme extraordinaire qu’à la louange avec des chants gestués), mais elles révèlent aussi des débats biens réels, ancrés dans l’histoire de l’Eglise.

Catholique sans étiquettes est un livre de Matt Malone s.j. (rédacteur en chef du magazine America), que j’ai été très heureux de recevoir dans ma boîte aux lettre. “En bannissant les termes conservateur et progressiste du vocabulaire de la revue jésuite America, Matt Malone a lancé un débat qui concerne les catholiques du monde entier.” Résume, sur son site, l’éditeur de la version française du livre.

Les catholiques sont une grande Eglise, et une multitude de chapelles. Ce livre invite à réfléchir à la position qu’on donne à ces étiquettes dans notre interaction avec ces chapelles et le monde. Car quand on parle de catholique progressiste, que met on en avant, le “catholique” ou le “progressiste” ? Il faut prendre garde à ce qui est premier dans notre vie. Matt Malone explique que dans un monde de rejet de l’au-delà, “la politique devient une liturgie”.

Ce serait dommage que la confusion se fasse au sein même de l’Eglise. Comme le dit si bien Incarnare dans son billet présentant ce même livre “Dans ces étiquettes autocentrées, se joue donc en réalité le rapport entre la politique et la mystique. »

L’Eglise n’est pas un parti politique (et la Doctrine Sociale de l’Eglise n’est pas son programme). L’auteur rappelle que la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium décrit cette “une réunion spirituelle”, comme “une communion de vie de charité et vérité […] qui lui sert d’instrument pour la rédemption de tous”. Ce qui est premier pour l’Eglise, c’est le souci de la rédemption, le politique vient après.

“Nous ne sommes pas des journalistes qui se trouvent être catholiques, mais des catholiques qui se trouvent être journalistes” dit Matt Malone. Ce retournement est symbolique de ce que doit être notre réflexion sur notre place dans la société. Pour un étudiant en réflexion sur les orientations à donner à son futur, c’est percutant. Il faut mettre en premier ce qui est le plus important.

Les étiquettes sont pratiques, mais nuisent à la réflexion et à la communion. “Cherchons la vérité dans l’amour” est la devise du magazine America. L’Eglise cherche le Christ qui est “le chemin, la vérité et la vie” (Jean 14:6). Et si nous voulons le chercher ensemble, il faut se considérer les uns les autres avec charité. Croire que l’autre, même si on le pense un peu égaré, a quelque chose de bon à nous apporter, cela porte du fruit. Pour ceux qui ne sont pas convaincus, je rappelle que “les publicains et les prostituées vous précedront dans le royaume des cieux” (Mathieu 21:31).

Ce livre développe encore bien d’autres choses, mais je ne voudrais pas vous empêcher de le lire en racontant tout ici. Il se lit facilement et permet de prendre du recul face à ces débats qui nous animent. on y découvre les débats outre-atlantique d’une manière qui, comme une parabole, peuvent nous amener à réfléchir à nos propres divisions.

Fol Bavard

[Lecture] Catholiques sans étiquette

5 réflexions sur “[Lecture] Catholiques sans étiquette

  1. Même problème, autre approche sur Marché Gris : « Certes, et sur ce point Matt Malone ne fait que rappeler la position du Saint-Siège, on ne trouve nulle trace de prescription technique dans l’enseignement moral de l’Église, et par conséquent nul assaut contre la distinction entre la réflexion morale sur les fins de l’homme, dont traite le Magistère, et la réflexion technique sur les moyens de les atteindre, laissée aux personnes compétentes. Mais le fait de n’avoir jamais mis les mains dans le cambouis n’a jamais empêché quiconque de préférer l’essence au diesel, et l’Église ne s’est jamais privé de le faire en défendant bec et ongles le primat de la morale sur « le côté pratique » des problèmes portés à son attention. » (source : Sacrilège ordinaire, http://marchegris.fr/2014/09/23/sacrilege-ordinaire/)

    1. De fait, quand l’Eglise se positionne sur ce qu’elle considère comme bon ou mauvais, certaines de ces décisions ont un impact politique. La question est de faire attention au sens dans lequel cela se fait.

      Est ce une contamination du politique par le religieux ? Cette infaillibilité rampante dont parle parle l’article.

      Ou bien essayer de faire en sorte que l’Évangile contamine le politique ?

      Quoi qu’il arrive il y aura des mécontents sur l’interprétation et sur ce qui est fait.

      1. Il ne s’agit pas de ça. Dire qu’entre n possibilités, l’une est plus « morale » que l’autre, ça n’a rien d’une confusion ou d’un empiètement – de même que ce n’est pas empiéter sur la réflexion morale que d’affirmer que malheureusement, nous ne pouvons pas multiplier les pains. La confusion survient quand la réflexion morale condamne ou déprécie n options au nom d’une alternative dont la définition présuppose une nouvelle délimitation du champ des possibles. Une chose est de dire que toutes les options que nous avons sous les yeux sont mauvaises, et que pour cette raison nous avons besoin du pardon. Autre chose est d’affirmer que nous agissons mal et que nous cesserions de mal agir si nous faisions certains choix. Le langage de la rédemption cède alors le pas à celui de la solution, qui relève de la réflexion sur les moyens. Le simple constat de l’erreur implique qu’on connaisse la solution. Aussi n’est-ce pas seulement au moment de prescrire le remède qu’on franchit la frontière entre fins morales et moyens techniques, mais déjà au moment d’identifier le problème moral. À quelqu’un qui aujourd’hui verrait un problème moral dans telle catastrophe naturelle coûtant la vie de centaines de personnes, on serai en droit de demander qui est coupable. Il pourrait alors répondre soit directement (et l’explication risque d’être longue), soit en nous renvoyant vers telle étude, qui justement relève de la « réflexion technique » et est donc ouverte au débat. Voilà pourquoi – j’insiste là-dessus – il ne suffit pas de rester évasif pour se dire respectueux de l’autonomie de la réflexion technique vis-à-vis de la réflexion morale : il faut encore s’assurer que le jugement moral prononcé le soit sur la base d’une délimitation du champ des possibles. Il y a alors deux scénarios possibles : ou bien le jugement moral ne repose sur rien de tel et flotte dans les airs, auquel cas il y a bien empiètement; ou bien ce jugement moral repose sur une certaine compréhension de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas, et peut donc être contesté (de manière plus ou moins pertinente) par ce biais. À l’argument plus ou moins rationnel et au raisonnement plus ou moins exact, on peut opposer un argument plus ou moins rationnel et un raisonnement plus ou moins exact – mais certainement pas l’idée que ce qui doit être n’a rien à apprendre de ce qui est, ou du moins (car on se trompe si souvent) de ce qui nous semble être.

  2. Les étiquettes, les cases…cela rassure. C’est une « feuille de figuier » de nature à nous conforter dans notre propre justice. Néanmoins, les étiquettes ou les cases, cela enferme, et permet une emprise sur l’autre.
    Merci pour ce rappel.

  3. perlapin dit :

    Anecdote amusante au debut mais pas si incongrue. dans les milieux catholiques protestataires français l’analyse est parfois la même, Témoignage Chrétien considérant par exemple les communautés nouvelles comme « peu ouvertes à la modernité » (sic). Incompréhension venant justement du fait que la nouvelle génération est moins contaminée par les antagonismes ecclésiaux. maintenant pour bien des prêtres célébrer une forme extraordinaire n’est pas une trahison du concile mais l’usage d’une belle tradition, en rien substituable à l’autre… mais il faut du temps pour dépassionner les perceptions.

    Je crois que le vrai clivage pratique en Eglise est dans la perception du rôle de notre foi : secondaire et relative, ou instrument universel du salut marquée par l’incarnation du Dieu vivant. Une question de conversion en somme.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s