[Cahiers Libres] Faire front contre les extrêmes : FDG et FN, même combat

Front-de-Gauche-Front-national1Voici un billet initialement écrit pour les Cahiers Libres

De « la gauche de la gauche » à « la vague bleu marine », bien des euphémismes sont utilisés pour parler des extrêmes en politique. Extrême-droite, extrême-gauche, chaque parti de gouvernement semble avoir son pendant contestataire. Il y a une analogie entre ces partis, et si elle n’est pas parfaite, elle mérite d’être exploitée.

Bien des hommes politiques, dans leur jeunesse, ont flirté avec les extrêmes et leur logique contestataire sans compromis. Mais quand viennent les débats politiques, il semble clair que les extrêmes ne sont pas des partis comme les autres. Situés à l’opposé de l’échiquier politique, l’extrême gauche et l’extrême-droite semblent être l’antithèse l’une de l’autre.

Je suis convaincu de la bonne foi de bien des adhérents de ces partis. Je suis même persuadé que pour la plupart, ils ne sont pas haineux. Mais je suis aussi convaincu qu’ils ne font pas le bon choix. Le choix n’est pas le bon, pas forcément pour les idées, qui peuvent être défendables (défendable ne veut pas dire bonne), mais pour l’esprit qui anime ces partis, leur démarche, qui elle est très contestable. Ne pas lancer d’anathème sur nos concitoyens aux opinions plus extrêmes permet de réfléchir plus sereinement sur leurs idées. Le propos de ce billet n’est pas de juger les militants, mais de réfléchir aux idées et aux orientations générales de ces partis.

S’asseoir aux deux extrêmes d’une salle de débat n’est pas vraiment une preuve de différence. Loin de là. Et sans s’interroger sur ce qui fait l’essence de la droite et de la gauche (si tant est qu’il y en ait une), il est possible de remarquer des similitudes entre le front de gauche et le front national. Et puis de voir que bien des différences, qu’on tente d’opposer à ces similitudes, sont basées sur du vent. Alors, accepter une différence de traitement entre les extrêmes n’est pas un comportement cohérent.

La convergence des extrêmes dans le populisme et la contestation

Il faut être aveugle pour ne pas constater que ces deux partis sont un peu agressifs. Chacun a désigné ses boucs-émissaires et développe une rhétorique de rejet, agressive et presque haineuse à leur encontre. Pour le FN, ce sont les immigrés, pour le FDG, ce sont les riches (la nouvelle version des bourgeois). Evidemment, ces partis ont d’autres boucs émissaires. Les Juifs par exemple 1. Le bouc émissaire est une issue bien pratique pour s’abstenir de réfléchir.

Et aux propos récurrent sur leurs boucs-émissaires, s’ajoute une dénonciation pêle-mêle de maux sans frontière et sans visage : la finance, la mondialisation, l’Union Européenne, les élites, les lobbies, le système, etc. Tout un programme, ou pas. On ne dirige pas un pays en passant son temps à dénoncer tout le monde. Accessoirement, prétendre changer le système en un claquement de doigt est illusoire. La révolution dévore ses propres enfants. Une logique anti-système est un confort intellectuel. Mais on ne peut pas sauver le monde d’un coup de baguette magique. A vrai dire, je suis convaincu qu’on devra attendre la parousie pour enfin arriver à quelque chose de parfait. Mais en attendant, on peut faire de son mieux pour améliorer le modèle existant.

Accuser les autres, remettre la faute sur un bouc-émissaire indéfini, c’est une logique populiste. C’est bien plus convaincant de dire qu’on peut changer le monde parce que c’est la faute des autres. Mais c’est aussi une erreur.  Il faudrait plutôt se demander ce qu’il faut changer en nous-même.

Des programmes semblablement irresponsables

Un article de Libération répertorie assez bien les points de convergence, mais se trompe sur les divergences. Loin d’estimer que le monde est fait d’interactions complexes et d’équilibres précaires, les fronts des extrêmes pensent tout changer d’un coup de baguette magique, alors que leurs solutions sont clairement néfastes. Les programmes de nos extrêmes sont étonnamment proches. Pour s’en convaincre, il faut prendre la peine de lire le programme du FN et le programme du FDG.

Sur les convergences, on peut remarquer la critique du marché et de la libre concurrence, la possible sorti de l’euro, la nationalisation des banques françaises, la lutte contre les hauts salaires, l’augmentation des salaires sans contrepartie, etc. On pourrait continuer longtemps. Globalement, l’extrême Droite et l’extrême Gauche sont pour un interventionnisme intensif, peut-être sont-ils persuadés de détenir la vérité nue et complète. Et le FN s’est clairement rapproché des positions du FDG, parce que son électorat est maintenant en grande partie composé de l’électorat traditionnel du FDG. En effet, Le succès du FN auprès des plus démunis n’est pas anodin. Le FDG perd son vivier habituel et hautement symbolique. Ces transferts marquent l’existence d’une convergence, le passage d’un extrême à un autre sans passer par le centre ne se faisant qu’à cette condition.

Mais très vite, quand on parle de convergence entre les extrêmes, viennent les défenseurs du front républicain, pour qui le FN représente la bête immonde, là où le Front de Gauche n’est qu’un peu excité. Mais les différences qu’on nous tend sont basées sur du vent. Et faire une distinction entre les extrêmes en devient néfaste.

Des différences basées sur du vent

Les différences se trouvent sur la forme, sur les grands axes du discours de ces partis. Le Front de gauche veut que le monde baigne dans un internationalisme pour des lendemains qui chantent. Le Front National veut un retour à la source pour que chaque français retrouve fièrement son identité et puisse s’enorgueillir de la grandeur de son pays. Pour les lendemains qui chantent, il y en a qui ont essayé, et ils ont eu des problèmes. Pour la réaffirmation de l’identité éternelle et immémoriale de la France de toujours, il y en a qui ont essayé, et ils ont eu des problèmes.

Le Front de Gauche lutte contre l’exclusion et la pauvreté, qui peut sincèrement le lui reprocher ? Le Front national lutte contre l’insécurité et la perte de repères, qui peut sincèrement le lui reprocher ? Mais ces partis se trompent dans leur façon d’aborder les problèmes. On peut par exemple penser que les immigrés sont traités de façon inadmissibles et en même temps trouver qu’il n’est pas absurde de vouloir se concentrer sur la misère de nos concitoyens avant de vouloir sauver la terre entière. Mais se focaliser sur l’un ou sur l’autre, ne communiquer que là-dessus, en prétendant sortir des millions de nulle part pour changer le monde, c’est dangereux, parce qu’un pays ne se gouverne pas avec pareille irresponsabilité.

Un traitement dangereusement différent

Deux extrêmes aux programmes économiques proches, avec la même logique populiste et contestataire, tout aussi irresponsable l’un que l’autre, et pourtant deux traitements différents. Cette différence de traitement est assez notable : un seul des deux extrêmes serait fréquentable, le gauche. Le FN est conspué, là où le FDG est toléré. L’un est la bête immonde, l’autre est une version plus musclée du PS.

Aux municipales par exemple, une alliance FN/UMP n’était pas envisageable, là où les alliances PS/EELV/PG étaient légions. Et quand on parle de bruit de botte, de bête immonde, des heures les plus sombres de notre histoire, on n’imagine souvent qu’un seul des deux extrêmes, pas toujours le bon. Et pourtant dans les meetings du FDG, les drapeaux du Parti communiste sont légions. Il n’est pas la peine de rappeler que partout où il va, le marxisme fait des ravages. A l’inverse, le FN est beaucoup plus vigilant sur ces symboles, même les sorties sur les immigrés ou la shoah sont sanctionnées. Voilà une différence intéressante. Au moins l’un des deux prend la peine de maquiller son héritage sombre.

Et voilà aussi deux partis qui se haïssent de trop se ressembler, et dont les convergences sont rapidement camouflées par des discours dont la forme diffère, mais le fond demeure. La différence de traitement repose alors sur du vent, car ces deux partis sont tout aussi dangereux l’un que l’autre.

Une différence de traitement stratégique, au service de la gauche.

La gauche, pour éteindre le FDG, l’a rendu fréquentable. En acceptant d’être fréquentable, le Front de gauche a gagné des sièges, mais a perdu des électeurs. Le programme est le même, le discours aussi, mais il ne tient plus quand on fait partie du système. Le FDG ne l’a pas perçu, rêvant des scores du PCF, le FN l’a bien compris.

Ce que la gauche, elle, a bien compris, et que la droite peut difficilement admettre vu la diabolisation du FN, c’est que les électeurs extrêmes ne sont pas haineux ni assoiffés de sang. Il n’y a pas 30% de Néo-nazis en France. Penser que les électeurs frontistes sont tous des fascistes, c’est absurde. Il s’agit plutôt d’une population qui cède à la solution de facilité, préfère rejeter la faute sur des boucs-émissaires plutôt que sur eux-mêmes, et en vient à rejeter le système entier plutôt que de vouloir le réformer par petite touche.

Les électeurs du FDG vont vers le FN car celui-ci a gardé son pouvoir de contestation. On parle souvent de stratégie de dédiabolisation du FN de la part de Marine Le Pen. Je ne suis pas sûr que cela soit exact. Le fait que le « nouveau » FN ne soit plus coutumier des remarques racistes et autres considérations douteuses sur la shoah ne tient pas de la dédiabolisation. Le racisme explicite n’est plus rentable politiquement, tout comme l’antisémitisme primaire. Et puis ces attitudes sont fondamentalement absurdes. Il y a toujours des marginaux convaincus de ces absurdités, mais réduire l’extrême droite à ces énergumènes, c’est se tromper de cible.

Le FN a tout intérêt à être le seul parti réellement contestataire. Et se rapprocher de lui n’est pas le meilleur moyen de le dégonfler. Le meilleur moyen est de repousser le Front de gauche loin du front républicain. Les deux extrêmes sont dangereux, traitons les de la même façon.

Une nécessité : remettre chacun des extrêmes à sa juste place

Si la droite veut réellement combattre le FN, qu’elle attaque le FDG pour ce qu’il est : l’alter-ego du Front national. En rendant au front de gauche sa place de parti contestataire, en le rendant infréquentable, les scores du FDG augmenteront surement. Cela se fera au détriment du FN, qui perdra une partie de ses électeurs contestataires, et au détriment du PS, qui verra fuir une partie de son aile gauche, déçue de Hollande.

Et remettre le FDG loin de la politique, c’est aussi maintenir loin de nous ses idées. En rendant le PCF (puis le FDG) fréquentable, le PS a permis à ses idées de se diffuser, puisque depuis 33 ans le programme du PCF a systématiquement été appliqué par les politiques. L’urgence n’est donc pas simplement au niveau du nombre de voix, mais aussi du débat d’idées. Il faut s’insurger envers le FDG comme on s’insurge envers le FN. Ce qui est reproché au FN peut souvent être reproché au FDG. Les éléments de langage condamnant l’un peuvent aisément être reproduits pour  dénoncer l’autre.

Deux partis extrêmes, à la ressemblance trop grande pour être ignorée, méritent le même traitement. Rendre le FN fréquentable pour diminuer son potentiel contestataire présente de trop grands risques, alors c’est le Front de gauche qui doit  être déclaré infréquentable. « FN et FDG, même combat », c’est voir que les deux combattent de la même manière, pour des causes semblables. Mais c’est aussi voir qu’on doit les combattre de la même façon. Après l’UMPS (ou la version « PS-Medef » du FDG), voici FNDG, le Front National de Gauche, l’union des extrêmes.

Pour dégonfler la baudruche du FN, il faut rendre le Front de Gauche infréquentable.

Fol Bavard

1. Perçu depuis longtemps comme une élite tirant les ficelles un peu partout, le peuple élu cristallise le rejet, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche. Si cela n’étonne personne venant de l’extrême droite, cela peut surprendre un peu venant de l’extrême gauche, et pourtant. Cela embarrasse grandement l’encadrement du FDG d’ailleurs. Mais si ce sont encore les votants qui décident, alors l’extrême gauche aussi baigne dans l’antisémitisme. retour

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