[Marché Gris] Faut-il défendre les classes moyennes ?

Voici un billet écrit originellement pour Marché gris.

La défense des classes moyennes fait consensus au sein de l’opinion. Mais comme l’a dit Jérôme Cahuzac, « nous n’avons pas forcément la même définition des classes moyennes ».

Si l’extrême gauche a ses prolétaires et l’extrême droite ses français de souche, plus au centre de l’échiquier politique et plus proche de nous dans l’histoire, c’est un autre combat qui se joue : le combat pour les classes moyennes.

Rendons-nous à l’évidence : personne aujourd’hui ne peut se targuer de rassembler tous les Français. Et plus grandes sont les responsabilités d’un élu politique, plus on le soupçonne d’ignorer les préoccupations de son électorat et du peuple en général. D’où la contradiction entre le fantasme du grand rassemblement et la réalité des divergences d’opinions et d’intérêts entre différentes catégories de population qui toutes prétendent être cette « classe moyenne » courtisée par l’homme politique.

Mais qui peut reprocher cet intérêt de la classe politique pour Monsieur Tout-le-monde, quand tout le monde se reconnaît dans le portrait qu’on en fait ? À moins de réellement vivre dans le luxe ou la précarité au quotidien, n’importe qui peut se sentir membre de la classe moyenne.

C’est ce que démontre cette enquête du CREDOC (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de vie) réalisée en 2008 : 2 personnes sur trois considèrent appartenir aux classes moyennes, tandis que 5% de la population s’estiment « aisés » ou « privilégiés ». La France, pays des classes moyennes ? La conclusion n’est pas complètement absurde : la prédominance des classes moyennes est pour sûr caractéristique des sociétés démocratiques occidentales. Mais la notion elle-même reste floue.

Car définir les classes moyennes n’est pas chose aisée. L’INSEE a d’ailleurs renoncé à en proposer une définition, considérant qu’il ne s’agit pas d’un « objet statistique ». Le CREDOC et l’Observatoire des inégalités se basent quant à eux sur une répartition de la population en tranches de 10 %. Les 3 tranches les moins riches appartiendraient ainsi aux classes « modestes » (ou « populaires »), les 2 tranches les plus riches feraient partie des classes « aisées », tandis que les 50% restants correspondraient aux fameuses classes moyennes.

D’autres approches sont possibles. La situation familiale et l’implication de l’individu dans la vie publique peuvent servir de critères. On peut également fonder la notion de classe moyenne sur le niveau de revenu (par exemple entre 1 396 et 3 317 euros par mois) ou la taille du patrimoine (entre 115 000 et 310 000 euros), comme l’a récemment suggéré Samuel Laurent.

Cette catégorisation reste néanmoins problématique. Objet statistique, la notion de classe ne prend en compte qu’une partie de la réalité. Ainsi, s’engager à défendre les classes moyennes contre la pression fiscale en quelques mesures, c’est ignorer ce qui distingue un fonctionnaire d’un artisan ou un célibataire d’un père de famille. Qui trop embrasse mal étreint : plus la notion de classe moyenne est inclusive, moins elle est pertinente.

On ne peut fonder sur tant d’approximation des décisions politiques affectant la vie de millions de gens. Il incombe à chacun de voir plus loin que les statistiques pour, qui sait, entr’apercevoir les contours de l’intérêt commun.

[Marché Gris] Faut-il défendre les classes moyennes ?

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