Rambo, un être sensible et incompris.

Rambo«C’était pas ma guerre » – Sylvester Stallone dans le rôle de John Rambo

30 ans près, cette phrase résonne encore comme une réplique culte. La scène est mythique : Rambo, en larmes (eh oui), fait résonner tout ce que la guerre a été de souffrance, d’incompréhension et ce qu’elle a transformé en lui. Car Rambo n’est pas qu’une brute, il a aussi un cœur. Et c’est ce qui fait que les films livrent à chaque fois des pépites, et offrent à qui veut bien voir au-delà de la brutalité, une réflexion plus profonde. Eh oui, je n’ai pas peur de dire que Rambo est un film profond ! Et le personnage l’est aussi. Donc, pour contrebalancer le billet de Suruntoit sur Orgueil et préjugé, j’ai décidé de consacrer un billet à ce héros intemporel qu’est John Rambo. Un sujet léger quoi ! J’en avais marre de parler du pape.

Quand on parle de Rambo, on pense machine à tuer et bête de muscle gonflée à la testostérone et allaitée aux anabolisants. Rambo, c’est le bourrin de base. Rambo, c’est le type qui s’attaque à une base soviétique avec un couteau et 2-3 explosifs et fait vraiment tout exploser. Rambo c’est le soldat qui tire des flèches-grenades sur un hélicoptère russe et sur un soldat vietnamien parce qu’on a tué sa copine. Rambo c’est le gars délicat qui prend à une main une mitrailleuse qui est censée être posée sur le sol pour tirer. Rambo c’est la bonne grosse brute épaisse.

Pour moi il y a 3 Rambo différents. Le premier Rambo, c’est celui du film réalisé par Ted Kotcheff, sorti en 1982 : un militaire marqué définitivement par la guerre. Ensuite vient le Rambo des deux films suivants (Rambo II et Rambo III) : un soldat pas très malin, un peu bourrin, mais avec un cœur (c’est là où il pette un câble quand on tue sa copine). Enfin vient le dernier Rambo, celui du film John Rambo : le cœur a pratiquement disparu, et la machine à tuer est bien présente. On peut considérer que c’est une évolution. En fait, c’est particulièrement dans le premier film que le personnage est intéressant, dans les suivants seuls les films en eux-mêmes disent quelque chose d’un peu élevé.

Après, on ne va pas se mentir, c’est vrai que ce sont des films de brutes. D’accord. Il y a une explosion à la minute, des gros pistolets, certaines lignes de dialogue (quand il y en a) sont plutôt faciles à apprendre (« BAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH » – Rambo) et les relations entre les personnages sont essentiellement conflictuelles. Et c’est peut-être pour cela que les gens passent à côté de la réflexion. Mais il faut bien vendre le film. Si c’est trop compliqué cela ne va intéresser personne, alors que là, le public masculin est déjà conquis par la beauté du jeu des acteurs, la profondeur des textes (non je plaisante : ce qui est cool c’est les grosses explosions et les gens qui se mettent sur la gueule).

Pour les incultes qui n’auraient pas vu Rambo, je vais resituer un peu le personnage. Et après la lecture de ce billet vous allez tout faire pour le voir au plus vite. C’est une question de principe. Ne pas avoir vu Rambo, c’est mal.

Rambo, à l’origine, c’est une adaptation du roman First Blood de David Morrell. Le premier film est une adaptation du roman, les suites sont totalement inventées. D’ailleurs dans le livre Rambo meurt à la fin de ce qui est aujourd’hui le premier film. Heureusement pour le patrimoine cinématographique de l’humanité, Rambo n’est pas mort, loin de là. Le personnage de John Rambo est celui d’un soldat américain, ancien béret vert, traumatisé par la guerre du Vietnam. Il a été entrainé à tuer, lâché tout seul derrière les lignes ennemies. Et il débarque dans un monde qui ne le comprend pas, qu’il ne comprend pas, et revient d’une guerre qu’il n’a pas compris.

C’est là où le premier film devient intéressant. Déjà, on casse un premier mythe : Rambo ne tue personne (Dans le premier film en tout cas, c’est bien pour cela que je sépare Rambo dans ce film des autres). Vous pouvez vérifier, dans le premier film, Rambo ne tue personne. Il y a un mort, mais il meurt en tombant d’un hélico, de par sa seule imprudence. D’accord Rambo génère un certain nombre de dégâts matériels, mais il n’y a pas mort d’homme. Le film montre un soldat blessé, qui se défend contre l’Amérique profonde qui le rejette. La guerre du Vietnam n’a pas été un succès, et les citoyens ne sont pas tendres avec les vétérans. Surtout que Rambo c’est le summum du vétéran : il a tout connu des atrocités de la guerre, même s’il ne comprenait pas très bien pourquoi. C’est pour cela que Rambo est un type incompris : il a vécu des choses qu’aucun de ces concitoyens ne pourrait imaginer, et d’ailleurs ils n’en ont pas envie. Rambo est le bouc-émissaire, mais on ne lui laisse pas la possibilité de se défendre. D’ailleurs il ne le pourrait pas, il ne comprend pas ce qui lui tombe dessus, et n’arrive pas à communiquer avec le monde qui l’entoure. Il est bloqué en mode guerre : le seul qui réussit à communiquer avec lui c’est le colonel Trautmann, celui qui l’a entrainé et commandé, et ce dernier lui parle comme s’ils étaient encore en guerre. Il y a donc une incompatibilité entre Rambo et le monde. On essaye de le faire rentrer de force Rambo dans la société alors qu’il est inadapté, normal que la greffe ne prenne pas.

Et puis Rambo n’est pas qu’un bon bourrin. Il a un cœur sensible aussi (mon Dieu que c’est cliché, et pourtant c’est vrai). La scène dans le commissariat est éclairante la dessus, il la finit même en pleurant. Il parle de ses amis, de ceux que la guerre a fauché, il parle de la fin de la guerre qu’il n’a comprise, il parle de la violence du rejet qu’il a ressenti en rentrant dans un pays où il n’était plus chez lui. Et la grosse brute pleure. Sensible et incomprise, la grosse brute pleure. Je ne dis pas cela pour légitimer ses actes violents, je ne dis pas cela pour excuser toutes les morts qu’il a pu causer pendant la guerre, je dis simplement que réduire Rambo à une brute épaisse, c’est aller un peu vite en besogne.

Rambo n’a fait qu’exécuter des ordres qu’il ne comprenait pas, il pourrait être l’un d’entre nous. Et à ceux qui pensent qu’ils n’auraient jamais été capables, que leur conscience les en aurait interdit, jetez un œil aux expériences de Milgram (il y aurait parmi nous une majorité de salauds). Alors bien sûr ce film est bourré d’action pour satisfaire les envies des mâles gavés à la testostérone. Mais si on n’accepte pas de voir en Rambo un être humain comme les autres, on ne vaut pas mieux que le bourrin lambda.

Parce que Rambo s’inscrit dans une longue liste de films, typiquement américains. L’Amérique fait la guerre, de préférence loin de chez elle, et en général ce n’est pas beau à voir. Donc quelques années après, Hollywood fait un mea culpa cinématographique, et dans une sorte de catharsis, on purge toutes les erreurs qu’on a pu commettre. Rambo est une confession de l’Amérique qui n’a pas su assumer les conséquences de la guerre du Vietnam (je pars peut-être un peu loin, mais c’est mon blog, donc je pars loin si j’ai envie). Il y en a sur la guerre en Irak, sur l’Afghanistan, sur la Somalie et à peu près tous les endroits ou les G.I. ont posé leurs pieds. D’ailleurs cette idée, selon laquelle ses films sont des thérapies, ne vient pas de moi. Je l’ai trouvée dans un article de journal il y a quelques années.

Voilà pour le premier Rambo, les autres ont moins d’intérêt. Ils peuvent à la limite servir pour rappeler certains faits historiques intéressants et paradoxaux. :

  • Rambo II parle des conséquences de la guerre, mais au Vietnam, et de la difficulté de retrouver les prisonniers de guerre, et il parle aussi d’arc avec des flèches grenades.
  • Rambo III, en revanche, est un petit bijou historique : Rambo va aider les afghans contre les soviétiques. Et le générique de fin est un magnifique plaidoyer à la gloire des moudjahidin. Quand on voit les difficultés relationnelles entre ces moudjahidin et les Etats-Unis actuellement, on se dit que certaines choses ont peut-être évolué.
  • John Rambo est une dénonciation de la situation en Birmanie. Mais là c’est vraiment qu’un prétexte pour se taper sur la gueule.

Mais il n’y a pas que moi qui ose faire une analyse fine de Rambo. En voici quelques exemples :

Rambo II :

Mais aussi sur Rambo III.

Rambo est donc un film qui pourra satisfaire à la fois les amateurs d’action et de gros pistolets, et les amateurs d’Histoire. Les Rambo sont tous les films d’une époque, qui pris avec un peu de recul, permettent de donner un éclairage nouveau à certaines périodes de l’histoire. Après, peut-être que j’aime Rambo parce que son monde à lui aussi est tourmenté.

Rambo, un être sensible et incompris.

14 réflexions sur “Rambo, un être sensible et incompris.

  1. Tiens, tu me donnerais presque envie de regarder les Rambo ce soir😉 Bonne analyse !
    Mais ceci dit, tu n’arriveras pas à me convaincre que John Rambo est mieux que Fitwilliam Darcy !

      1. Bloguez-vous ? dit :

        Tous dépend à quel niveaux ! C’est sûre que du coté muscle ……

      2. Ich dit :

        Team Darcy !!!😀
        Parce qu’en plus, c’est paaas juste, Rambo, il a le droit à plusieurs films sur lui tout seul😛

  2. Michèle dit :

    Rambo est un être sensible et incompris, et Lizzie Bennet est une peste vénale ; tant dans la version longue que dans la version courte, il semble que sa relation avec Darcy connaisse un tournant quand elle reconnaît enfin le charme, la beauté, les attraits… de son château.

      1. Pirouette and pointe dit :

        Je ne suis pas d’accord avec vous : ce n’est pas une peste vénale tout d’abord parce que, au contraire, elle ne fait pas attention à l’argent et c’est en partie à cause de cela qu’elle déteste Darcy car trop riche et trop vaniteux. Ensuite, elle commence à aimer Darcy à partir du moment où ils se trouvent à Rosings. Et de plus Rambo, un sensible ? Je ne trouve pas que dégommer des gens avec des bazookas soit très sensible si vous voulez mon avis🙂 !

  3. @Bloguez-vous ? – Bah oui il gagne ! Ils vont pas faire un concours de poterie… Et même là, je pense que Rambo gagne…

    @Pirouette and pointe – Si. Rambo est sensible ! Il ne faut pas le juger uniquement sur ces actes. Et certains passages laissent entrevoir autre chose dans son for intérieur (au moins dans le 1e), une forme de sensibilité, qui s’exprime dans sa souffrance, celle d’un être brisé par la guerre, rejeté par les siens.

    @Ich – Il y a eu tellement de remakes, de series sur P&P que Darcy a largement eu son quota d’apparitions à l’écran

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